Les fragilités de l'hôpital à l'épreuve des fêtes de fin d'année
Le décès d'un homme de 57 ans dimanche, pour qui la recherche d'un lit en réanimation en région parisienne a duré plusieurs heures, a relancé le débat entre d'un côté l'opposition et les syndicats demandant plus de moyens et de l'autre, le gouvernement et la majorité qui appellent à une meilleure organisation.
Cette polémique récurrente est ravivée dans un contexte difficile à double titre.
Tout d'abord, le climat social au sein des hôpitaux est tendu depuis plusieurs mois: les syndicats y dénoncent une dégradation des conditions de travail, qu'ils lient notamment aux contraintes budgétaires et au nouveau mode de financement des hôpitaux, qui se fait désormais en fonction de leur activité.
En outre, ce décès intervient dans la période particulière de la fin d'année, qui voit un pic d'activité aux urgences -- hausse de 10% en Ile-de-France, selon une estimation mardi de la Fédération Hospitalière de France (FHF) --, au moment même où sont fermés des lits en réanimation et que davantage de personnels sont en congé.
Pour le patient habitant à Massy et décédé dimanche, qui a été conduit et réanimé plusieurs fois aux urgences de l'hôpital de Longjumeau (Essonne), une place dans un service parisien n'avait été trouvée qu'après plusieurs heures de recherches infructueuses dans les hôpitaux franciliens. La région Ile-de-France compte 11 millions d'habitants.
Pour Bertrand Guidet, président de la Société de Réanimation de Langue Française (SRLF), "les hôpitaux n'ont aucune réserve de sécurité" et il est "indispensable de libérer des places de réanimation".
"Le constat est terrible, mais la sécurité des patients n'est plus assurée dans les hôpitaux en Ile-de-France pendant cette période de fêtes et d'autres régions de France souffrent aussi de cette saturation chronique des places de réanimation", a estimé le syndicat d'urgentistes Amuf, dont le président Patrick Pelloux en a appelé mardi à l'intervention de Nicolas Sarkozy.
Le président de Samu de France, Marc Giroud, a aussi appelé à la réouverture d'urgence de lits en réanimation pour le "double-pont" du Nouvel An.
Mme Bachelot est montée au créneau contre des critiques jugées alarmistes. "Je dis aux Français qu'il faut qu'ils aient confiance dans l'hôpital public", a-t-elle déclaré mardi. Concédant que cette fin d'année était "une période de tension", elle a écarté toute mesure correctrice dans les prochains jours.
Pour le patient décédé dimanche, "11 places en réanimation étaient disponibles en Ile-de-France", contre de 20 à 30 en temps normal, a-t-elle affirmé, jugeant "incompréhensible" qu'il ait fallu tant de temps pour lui trouver une place.
"Avec 11 lits disponibles, on est dans une situation de tension, avec très peu de services qui ont plus d'un lit disponible, et on n'est jamais à l'abri d'une urgence interne à l'hôpital", a expliqué Jean-Yves Fagon, directeur de la politique médicale de l'Assistance publique Hôpitaux de Paris (AP-HP).
"La période hivernale, ajoutée à la période des fêtes, génère une tension sur ces lits, mais la difficulté est venue (pour le patient de Massy, ndlr) de la régulation et pas du manque de lits", a toutefois jugé Benoît Leclercq, le directeur général de l'AP-HP.
Deux enquêtes en cours, judiciaire après une plainte de l'épouse du patient et administrative sur la demande de la ministre de la Santé, doivent éclaircir les conditions du décès.