Découpage électoral: les ciseaux de la discorde

Alors qu'Alain Marleix a présenté, ce mercredi, son projet de carte électorale, la gauche accuse le gouvernement de vouloir bétonner ses circonscriptions tout en fragilisant celles de l'opposition.
Le secrétaire d'Etat Alain Marleix, en charge du redécoupage de la carte électorale, à la sortie du Conseil des ministres le 29 juillet. (© AFP Gérard Cerles)
Coup politique destiné à «empocher 30 sièges [UMP] de plus», selon la gauche, opération politiquement neutre, promet la droite. Le projet de découpage électoral, présenté ce mercredi en conseil des ministres, par le secrétaire d’Etat aux Collectivités locales, Alain Marleix, a ulcéré l’opposition et promet un débat parlementaire enflammé à l’automne.
Le PS a d’ores et déjà promis d’employer «toutes les voies de recours», à commencer par un recours contentieux devant le Conseil d’Etat. Sans contester la nécessité de remettre à jour la carte des circonscriptions, le secrétaire national du PS chargé des élections, Christophe Borgel, s’inquiète, dans un communiqué, que celle-ci ne rende «l’alternance plus difficile dans notre pays». Il dénonce non seulement le résultat «partial» et «partisan» mais aussi la «démarche» de Marleix, «pas dignes d’une démocratie», pointant notamment le fait que la commission de contrôle n’ait pas cru bon d’auditionner les socialistes.
Selon Borgel, le découpage de Marleix vise surtout à bétonner les circonscriptions des élus de droite et à fragiliser des sièges de gauche: «le gouvernement a pris prétexte des modifications démographiques pour conforter des circonscriptions» qui sont acquises à la majorité. Le PS réfute d’ailleurs les chiffres martelés par le secrétaire d’Etat: sur les 33 circonscriptions supprimées, Bruno Le Roux, autre connaisseur de la carte électorale, décompte 23 circonscriptions de gauche et 10 de droite. Selon les calculs de Marleix, 18 circonscriptions sont détenues par un député de gauche et 15 par un élu de droite.
D’où l’accusation de Benoît Hamon. «Si on prend la carte électorale proposée par le gouvernement aujourd’hui en Conseil des ministres, qu’on lui applique les résultats des législatives de 2007, la droite empocherait 30 sièges de plus» à l’Assemblée, a estimé le porte-parole du PS, sur Europe 1, critiquant à son tour des travaux menés «dans la plus totale opacité».
La secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, y a vu, de son côté, l’oeuvre de «ciseaux à lames tordues (qui) tournent du côté de la droite que ce soit à Paris ou dans beaucoup de départements français». «Un scandale prévisible» soupire-t-elle, réaffirmant la «nécessité absolue de la proportionnelle» aux législatives. Même combat pour le PCF, qui veut faire de la proportionnelle, une «bataille prioritaire à mener». Son porte-parole, Olivier Dartigolles, s’est, au passage, étonné que le PS ne se soit pas saisi de la question du mode de scrutin.
En guise de riposte, l’UMP a renvoyé la gauche à ses calculettes et à ses livres d’histoire. Le précédent découpage, réalisé en 1986 par Charles Pasqua n’avait-il pas été déjà taxé de «charcutage»? Sans pour autant «empêcher quatre alternances depuis», a rappelé le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel. Patrick Devedjian, a, quant à lui, répondu aux objections chiffrées des socialistes sur Europe 1: ils ne sont «pas très bons en calcul», et «pas très bons non plus dans les élections», a raillé le ministre de la Relance.