La mobilisation du 29 janvier commence sur le Net
Une mobilisation comme celle de jeudi méritait bien une petite raffarinade. Ce lundi, sur Canal +, l’ancien Premier ministre a comparé la manifestation du 29 janvier à « l'Albatros de Baudelaire » : « Ses grandes ailes sont tellement grandes, la revendication est tellement large, que ça l'empêche de voler » ! Et de s’expliquer : « Une manifestation sans revendication clairement identifiée, c'est (…) une poussée de fièvre mais ça ne dure pas longtemps... »
Mais il suffit de prendre la température sur le Net pour se rendre compte que le climat social est bien au-dessus des 37°2 le matin. Un site, 29janvier2009.fr, répertoriant notamment toutes les manifestations sur le territoire français, a par exemple été créé pour l’occasion. La CGT fait plus fort : plutôt qu’une simple liste, le syndicat a décidé de réaliser une Google map (rien que ça !) des différents cortèges prévus jeudi.
La CGT se trouve aussi au premier rang des appels à manifester vidéos. Mais Solidaires et FO (qui se fend d’une parodie de Toi+moi, le tube gentiment niais de Grégoire ) ne sont pas en reste. Dans ces productions, il y a en tout cas une constante : faire payer cash au chef de l’Etat les propos qu’il avait tenus en juillet 2008 devant une salle hilare (« Désormais, quand il y a une grève en France, personne ne s’en aperçoit »). Possible que celle de jeudi ne passe pas inaperçue. En tout cas, Nicolas Sarkozy aura tout son temps pour en juger : Lesmotsontunsens.com note que dans l’agenda du chef de l’Etat, aucun déplacement ni même aucun rendez-vous n’est prévu pour jeudi...
D’ici-là, Nicolas Sarkozy peut toujours se rendre sur Facebook, pour voir où en est l’e-mobilisation (encore faudrait-il qu’il soit bien conseillé en matière de web 2.0 ). Car les groupes en faveur de la manifestation se multiplient. Certains sont un poil utopiques comme celui réunissant « ceux qui feront du 29 janvier le premier jour de la révolution » et qui compte… 25 membres (1) ! D’autres ont plus de succès même s’ils sont à peine plus sérieux. Le groupe « Tous dans la rue le 29 janvier ! » et qui en appelle aux « chômeurs, râleurs, frimeurs, lycéens, lémuriens, punks à chiens, etc. » réunit tout de même plus de 5 600 internautes.
Bien entendu, sur Facebook, on retrouve aussi des groupes d’opposants à la manifestation de jeudi. L’un d’entre eux estime qu’il faut « assimiler la grève à la désertion » et déploie, pour l’occasion, un argumentaire sans faille : « Même si certaines raisons [de manifester, ndlr] sont justifiables, il est nécessaire de lutter contre ce mouvement gauchisant, ne serait-ce que parce qu’il est gauchisant ! ». Une logique à toute épreuve qui a convaincu… 10 membres ! Plus sérieusement (encore que ?), des militants des Jeunes Populaires et de l’UNI ont décidé de lancer une « contre-manifestation virtuelle » . Comme l’explique l’un d’entre eux sur son blog, « l'UMP contre-attaque en trouvant de nouvelles formes de contestation plus efficaces et surtout plus en phase avec le monde d'aujourd'hui. » Et d’ajouter : « La "cyber-mobilisation", c'est le nec-plus-ultra en la matière ! » On n’en doute pas mais pour l’instant, l’initiative a réussi à « cyber-mobiliser » seulement 1 400 internautes tandis que 6 400 autres internautes ont annoncé qu’ils n’y « participeront pas ».
Côté chiffres toujours, après le sondage du Parisien publié ce dimanche révélant que 69% des personnes interrogées soutiennent ou ont « de la sympathie » pour le rendez-vous du 29 janvier, Le Post a lancé le sien. Sur 1 500 votants, 68% disent vouloir descendre dans la rue jeudi. Mais finalement, quel que soit le nombre de participants à ce mouvement social, une chose est sûre : il emmènera avec lui des catégories professionnelles qui ont peu l’habitude de battre le pavé. Même du côté de NYSE-Euronext, l’opérateur de la bourse de Paris, on appelle à manifester. C’est dire.
(1) Chiffres valables lundi 26 janvier à 19 h 00.

