Contes de la folie ordinaire

Publié le par arrasmrc

A côté de l'indignation et du débat sur les responsabilités suscités par la série «Enfermés dehors» de Virginie Roels, certains Mariannautes ont livré des témoignages sur des mains tendus, des fous perdus et une indifférence ordinaire face aux exclus du système.
 
FlickR CC / Lukasz Dunikowski

Pas facile de parler de la folie, de la rue. Pas facile pour Virginie Roels, qui, avec sa série Enfermés dehors, a amené son micro et sa caméra au plus près de l'exclusion. Pas facile pour les quelques Mariannautes qui ont vu, touché ou vécu la misère totale. Entre les accusations croisées de la droite et de la gauche, une poignée de témoignages affleure comme celui d'Aramis qui se révolte contre le silence : « Je fus érémiste et j'ai trouvé tellement anormal que j'entends le faire savoir pour que les autres ne le subissent pas. Et d'ajouter, humaniste : un vrai citoyen ça doit non seulement être vigilant pour les autres et pour soi-même, mais ça doit être capable de dénoncer aussi la misère qu'il voit ou subit. »


La psychiatrie à la première personne

Sylvie se souvient de la douleur d'une proche : « Le meilleur ami de ma fille était schizophrène. Il s'est suicidé et sa maman m'a dit (en substance) que malgré son immense tristesse ce n'était pas pire que le souci qu'elle se faisait pour la santé et aussi l'avenir de son fils. » De quoi désespérer, comme Alec, travailleur hospitalier, qui enrage du traitement de la détresse humaine : « les médias s’emparent de ce sujet pour vendre car la misère fait vendre. Le problème c’est que rien ne bouge et aujourd’hui je n’y crois plus, pourtant je continue mon job en essayant de sourire et de rassurer. »

De l'autre côté de la chambre, Gandhi raconte avoir passé deux mois et demi en psychiatrie parmi les « fous », un mot qui a pour lui pris un sens réel : «  si vous avez vu « vol au dessus d'un nid de coucou » c'était ça , sans rire, avec également une violence incroyable d'un infirmier. » Mais à sa sortie, ce sont les « normaux » qui l'ont perturbé par leur froideur, leur tristesse et leur cruauté. « Dans le monde normal on crée les conditions qui mettent des gens sur le coté, matériellement et psychologiquement, et ensuite on se propose de les aider. » Une réflexion qui le mène à une question plus troublante : « La société est elle si bonne qu'il faille réintégrer les personnes qui en sont sorties ? »


« Combien d'entre vous avez couché sous les ponts ? »

Dalayer livre son expérience de la rue quand, confié à la garde de son père qui l'avait laissé à sa porte, il s'était retrouvé à se débrouiller avec 500 francs par mois, dormant sous les ponts. Par chance, c'est sous la férule d'un vieil homme qu'il tomba et qui « ne fit pas que me donner sa couverture sale sous son « sweet home » de carton. Il me força à continuer mes études. » Etudes qu'il continua au prestigieux lycée Condorcet : un conte de fées ? Mais une leçon de vie avant tout qui fait détester à ce Mariannaute les parfums qui cachent les odeurs de la vie et les humeurs : « Ces gens là sont vivants et humains. Ce ne sont pas des « fous » mais des paumés, des « disgraciés de la vie. »»

Des solutions et des tentatives

Mais des solutions émergent également. Déterminé, Miloulacouleur se souvient avoir tenté de résoudre un problème à son échelle : «  pas plus tard que la semaine dernière, rencontre avec deux SDF qui regrettaient de ne pas pouvoir prendre une douche, se souvient-elle. Illico je file à la mairie de la commune pour demander où il y a des douches pas trop loin » Pas moyen de trouver des équipements ailleurs qu'à Bordeaux, à 15 kilomètres de là ! Le temps de revenir voir les deux sans abri, ils n'étaient plus là. «  Ils ont quand même crée une communauté de communes regroupant quelque chose comme 10 000 habitants avec des infrastructures nouvelles de quelques millions d'euros! et finalement il n'y a pas le principal », s'agace la Mariannaute.

Blouseuse raconte une petite histoire d'insertion en campagne : « Il y a quelques 25 ans, j'ai une cousine qui acheté une ferme pour faire des chèvres et des fraises. Dans le contrat , il y avait la prise en charge d'une « simplette » qui a travaillé pendant des années avec elle. Simple peut-être, mais humaine et travailleuse. » Un exemple parmi de nombreux autres se souvient-elle. Une idée qui contient en elle une grosse partie de la réponse au problème : donner une place à ceux qui n'en n'ont pas serait-il un début de solution ?


Dimanche 21 Décembre 2008 - 13:35
Sylvain Lapoix
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Publié dans Société

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